Selon une étude publiée ce jour dans la revue Obstetrics and Gynecology, les recommandations traditionnellement données aux femmes qui font une fausse couche précoce (moins de 20 semaines de gestation) d'attendre au minimum trois mois avant de concevoir à nouveau seraient injustifiées. Les résultats des travaux menés par le Dr Enrique Schisterman et son équipe suggèrent en effet exactement l'inverse, à savoir que le fait de concevoir rapidement après la perte du bébé, soit moins de trois mois après, permettrait à la femme de retomber enceinte plus rapidement.
Jusqu'à présent, il était préconisé au couple ayant perdu un bébé d'une fausse couche précoce d'attendre de trois à six mois avant de concevoir à nouveau, des recommandations aujourd'hui remises en questions par une étude américaine qui vient de paraître.
Selon les travaux menés par le Dr Enrique Schisterman et ses collaborateurs de l'Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development (la branche « épidémiologie » des Instituts américains de Santé), les tentatives du couple de concevoir un enfant dans les trois mois suivants la fausse couche offrent autant de chance pour les femmes de commencer une nouvelle grossesse que chez les couples qui attendent plus de trois mois.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs se sont intéressés au suivi de 1000 couples qui avaient perdu leur bébé à moins de 20 semaines de gestation. Sur la totalité des volontaires ayant participé à l'étude, 76 % ont tenté de concevoir à nouveau dans les trois mois ayant suivi la fausse couche.
77 % des femmes de ce groupe sont finalement tombées enceintes et ont mis au monde un bébé vivant. A l'inverse, seul 23 % des 233 couples ayant attendus au delà de trois mois pour essayer à nouveau de concevoir ont finalement vu leur projet de naissance se réaliser.
Des études poussées sur les fausses couches
Les scientifiques ont ensuite cherché à comprendre comment le calendrier de conception pouvait influencer la survenue ou non d'une grossesse pour des femmes ayant subit une ou deux fausse couche antérieurement.
Pour parvenir à vérifier cela, les chercheurs se sont intéressés à des femmes âgées de 29 ans, avec un partenaire trentenaire. Les volontaires ayant participé à ces travaux étaient majoritairement blancs, mariés et avaient suivi des études supérieures. Les femmes volontaires à l'étude ont toutes fait une fausse couche dans le premier trimestre de grossesse.
Les résultats montrent que pour 644 couples ayant conçu pendant les six premiers cycles menstruels, les femmes sont tombées enceintes. 491 ont eu des bébés, la plupart nés à terme.
Après avoir contrôlé les variables telles que l'âge, la race, le poids, ou encore l'éducation et la fertilité, les chercheurs n'ont constaté aucune différences dans les complications de la grossesse comme l'hypertension artérielle ou le diabète pour ces femmes n'ayant pas attendu au delà de trois mois pour tomber à nouveau enceinte.
Selon les résultats de cette étude, il n'existe donc aucune raison physiologique pour retarder les tentatives de conception après une fausse couche, bien au contraire puisque les données tendent même à montrer que plus la conception est rapprochée de la perte de l'enfant, meilleures sont les chances de donner naissance à un enfant. Le seul facteur qui peut empêcher de passer le pas est le facteur émotionnel, l'attente étant alors importante pour soigner les blessures liées à la perte du bébé.
Certaines études antérieures avaient montré que les intervalles courts entre deux grossesses pouvaient impliquer des risques plus élevés de complications comme l'hypertension artérielle, le faible poids de naissance, le risque de rupture des membranes trop précoce ou encore un accouchement prématuré.
Des résultats qui semblent infirmés par cette étude.
Pour les auteurs de cette recherche, les couples sont encouragés à ne pas attendre le délai recommandé jusqu'alors (de 3 à 6 mois) pour essayer à nouveau de concevoir. Sauf, s'ils ne se sentent pas prêts psychologiquement.